


Le désir de jouer l’Art de la Fugue aux cordes nous a saisis à notre tour !
L’œuvre serait destinée au clavier. Si nous pouvons adopter des tempi beaucoup plus vifs que nos collègues claviéristes, limités dans la gestion des 4 voix, la question des tessitures en revanche s’avère d’emblée problématique pour nos instruments…
Bien que l’œuvre soit pour l’essentiel à quatre voix, nous avons vite renoncé au quatuor à cordes classique et aux bricolages d’usage – octavier ici ou opter pour la tierce là où la ligne sort de l’instrument.
En fait, plus profond qu’un problème de note dépassant ici ou là, l’enjeu était de rendre le plus organique possible une écriture de consort, ensemble polyphonique où les voix s’imitent à la quinte. Le quatuor à cordes – 3 voix aigües et une basse- s’y montre bien imparfait :
En effet, la seconde voix, ici nommée alto, est bien souvent trop grave pour un 2nd violon et se trouve mieux rendue comme son nom l’indique… à l’alto. Quant à la troisième voix, ténor, parfois trop grave pour notre alto, nous remarquions qu’elle était au centre de la tessiture d’un violoncelle piccolo, instrument dont l’usage est particulièrement attesté dans l’Allemagne de cette époque.
Tout semblait ainsi pour le mieux, c’était oublier l’extraordinaire liberté d’écriture et d’inspiration de Jean-Sébastien Bach où tout frôle l’exception !
Finalement, notre ensemble se décline en une variété de consorts où les 5 musiciens se partagent différemment les 4 voix de l’architecture selon les tessitures extrêmement variables des contrepoints, une sorte de quatuor « augmenté ».
Cette distribution variée, au-delà de la question du respect du texte, permet, avec sa palette de couleurs toujours renouvelée, de mettre en valeur les nuances stylistiques inouïes que décèle le cycle.
Si, souvent, une répartition violon-alto-violoncelle piccolo-violoncelle est mieux adaptée aux contrepoints plus «archaïques» (stile antico), comme le tout dernier ou le Contrepoint XII, d’autres contrepoints très concertants se trouvent eux mieux servis par une répartition violon-violon-violoncelle piccolo-violoncelle où les voix aigües sont particulièrement agiles. Ailleurs, et de manière parfois contre-intuitive, un ténor semble plus intéressant à l’alto pour sa couleur plus sombre.
Quant à la volubilité du canon 16 si empfindsam, elle sied parfaitement au violoncelle piccolo !
Enfin, nous avons avons le bonheur, à 5, de pouvoir restituer les fins magistrales des contrepoints V à VII où surgit chaque fois une cinquième voix dans un élargissement spectaculaire de la polyphonie… – procédé que nous avons essayé de reproduire dans notre proposition de réexposition pour la fin du Contrepoint inachevé…
Matthieu Camilleri, Octobre 2026