Festival BACH de lausanne
Baroque Academy

Commentaire – Concert 1

J.S. BACH : 4 Ouvertures et plus

Bien avant que l’Europe rêve d’identité politique, elle enflammait l’imagination des artistes. Quelle plus joyeuse carte d’une l’Europe fraternelle que ces Suites muettes et pourtant polyglotte ? L’harmonie vénitienne y épouse le menuet français, le lyrisme napolitain et le contrepoint germanique, le concerto de soliste (Suite en si mineur) y répond au concerto grosso (Suite en ut) et au déploiement symphonique (les deux Suites en ré) sans sacrifier l’un à l’autre, en parfaite harmonie. Bach n’est évidemment pas le porte-parole le plus fécond de cette forme en vogue – que sont quatre Suites auprès des cent et plus d’un Fasch ou d’un Telemann ? Les siennes ne sont même pas les plus audacieuses ou les plus pittoresques. Elles sont simplement, par la diversité des langages qui s’y conjuguent mais aussi par leur densité et leur profondeur, les plus complètes. Ce sont quatre mondes autonomes qui dessinent une constellation idéale.

Il a longtemps été admis que, dans ces Suites orchestrales comme dans les Suites pour clavier ou pour violoncelle, les mouvements de danse n’étaient que des repères conventionnels, des hypothèses de travail en quelque sorte. Bach était bien trop sérieux pour se contenter d’une gigue ou d’une sarabande ! Or, depuis toujours, ces danses me semblent moins stylisées que magnifiées. Pourquoi un compositeur aussi savant et pragmatique aurait-il ainsi volé de Gavotte en Polonaise, de Forlane en Bourrée, de Passepied en Badinerie, s’il n’avait en tête que des formes abstraites ? Tout y danse au contraire. Les hautbois et les bassons dansent, la flûte danse, les idées dansent, l’esprit danse. Le principe chorégraphique des Suites ne se cache pas : il s’amuse, se déguise et se donne en spectacle avec exubérance.

A l’opposé des Concertos brandebourgeois, les Suites n’ont jamais fait l’objet d’un recueil élaboré par le compositeur lui-même. Il n’est d’ailleurs pas si fréquent de les réunir en un concert. Intitulées selon la tradition Ouvertures parce qu’elles prennent leur source au théâtre, elles suivent un plan régulier en cinq ou sept mouvements dont elles ne cherchent jamais à s’extraire. Ces mondes ont besoin d’espace. Je l’avais senti la première fois que nous les avons jouées ensemble il y a une quinzaine d’années. C’est pourquoi nous avons voulu faire dialoguer ces « ouvertures à la française » suivies de danses non moins françaises avec d’autres ouvertures, sinfonie qui introduisent plusieurs cantates, respirations que je crois aujourd’hui nécessaires entre ces édifices rigoureusement construits – et chefs-d’œuvre d’invention non moins étourdissants.