


Bach Partitas BWV 825-830
Travailler et jouer les Partitas m’a non seulement permis d’explorer l’essence émotionnelle des tonalités choisies par Bach, mais également et plus profondément, un cycle universel où tous les éléments sont présents, imprévisibles et éternels. Ces suites de danses en apparence toutes simples sont en réalité des pièces sublimes, qui racontent l’âme humaine dans ses aspects les plus profonds.
Les Partitas possèdent un élément architectural sous-jacent qui n’est pas immédiatement perceptible à l’oreille mais qui confère une unité harmonique à l’ensemble. Chaque pièce est écrite dans une tonalité différente et reliée aux autres grâce à une augmentation progressive des intervalles (en montant d’une seconde, en descendant d’une tierce, en montant d’une quarte. etc.)
Chacune de six Partitas pour clavecin de Bach est une entité indépendante. Chacune contient les éléments nécessaires pour émouvoir, envoûter et défier l’auditeur.
Le Prélude à la Partita # 1 commence en douceur. Le mouvement harmonique lent, intégré à des phrases musicales longues caractéristiques de l’Allemande est suivi par la brillante frénésie de la Courante; la tendresse de la Sarabande; les Menuets très stylisés. La Gigue, sautillante à la manière de Scarlatti, résume l’esprit primesautier de cette suite d’ouverture.
La Partita #2 ne commence pas de façon aussi aimable que la première. Le début de la Sinfonia contient un élément d’angoisse suivi d’un long motif emprunt de mélancolie et de passivité, avant une reprise de l’action dans la troisième et dernière partie. L’Allemande avec ses méandres langoureux semble chercher le repos; la Courante est résolument stoïque. La Sarabande est réfléchie et pleine d’espérance; les Rondeaux et Capriccio procurent un sentiment d’exaltation.
La Partita # 3 n’est pas à proprement parler une pièce à sensation, ce qui explique sans doute pourquoi elle est rarement jouée. La Fantaisie se caractérise par une invention à deux voix sans prétention; l’Allemande possède des accents mélancoliques exquis tandis que l’accompagnement en pointillé de la Courante à l’italienne lui confère une retenue qui l’empêche de galoper. Une Sarabande en triolets évoque le ruissellement de l’eau d’une antique lagune, tandis que les échappées dans la Burlesque et le Scherzo rapide amènent à la conclusion riche de la vigoureuse Gigue.
La Partita # 4 ouvre le second acte avec un lever de rideau à l’efficacité prouvée: l’Ouverture à la française. D’une brillante inventivité, sa facture et sa tonalité éveillent nos sens en nous préparant au joyau qui va suivre, L’Allemande. Parfaitement construite, cette pièce figure parmi les chefs-d’oeuvre de Bach. Le spectacle continue avec la brillante Courante, l’Air sautillant, la Sarabande suspendue dans le temps, l’aimable Menuet et la Gigue éblouissante.
Partita # 5. Dans le Préambule, les notes s’engrènent en successions rapides, intrépides; l’Allemande aux accents galants semble nous conter fleurette; la Courante recèle une joie contenue-plus majestueuse dans la Sarabande-le Tempo di Minuetto et Passepied exposent des motifs rythmiques pleins de fantaisie. Une Gigue résolument joyeuse vient conclure la suite en beauté.
Partita # 6. La partita finale ne saurait être guère différente de la première. Monumentale, sa Toccata d’ouverture est tout à la fois une fantasie et une fugue. L’Allemande est douloureusement tendre, mais la Courante introduit un violent regain d’énergie. La Sarabande est peut-être la supplique la plus personnelle jamais écrite par Bach. Intemporal, l’Air s’enfuit à tire d’aile; le Tempo di Gavotta est un divertissement aux accents inquiets:enfin la terreur contenue dans les intervalles de seconde et de septième mineure de la Gigue est cataclysmique.
Kenneth Weiss, été 2026 (Martine Céleste Desoille, traduction en français)