Festival BACH de lausanne
Baroque Academy

Perspective – Concert 6

Ce que ce concert représente pour nous

Être invités à jouer les trois Sonates pour viole de gambe de Bach dans un festival de cette envergure est pour nous une occasion qui nous réjouit tout particulièrement. Bach occupe une place essentielle dans notre parcours musical, et nous sommes très heureux de pouvoir présenter cette musique dans un contexte et une programmation de cette stature.

Nous sommes amis et partageons notre chemin musical depuis presque vingt ans. Nous avons partagé d’innombrables concerts, projets et expériences, et enregistré plusieurs disques ensemble. Parmi eux figure notre enregistrement des « 3+1 » Sonates pour viole de gambe de Bach. Revenir aujourd’hui à ces œuvres, après toutes ces années de musique commune, est donc une manière de retrouver une musique qui appartient à notre histoire, tout en la découvrant à nouveau.

Nous sommes également très heureux de partager cette programmation avec des artistes et des ensembles que nous admirons depuis longtemps. Il y a quelque chose de particulièrement stimulant à inscrire notre propre travail autour de Bach dans un tel environnement, et à retrouver ici une musique que nous avons déjà explorée ensemble, mais qui continue de nous offrir de nouvelles perspectives.

La Suisse occupe, de surcroît, une place très particulière dans nos parcours. Jordan et moi avons tous les deux effectué la dernière partie de nos études en Suisse, dans des institutions qui ont profondément marqué notre formation et notre manière de faire de la musique. Nous y avons énormément reçu : de nos professeurs, de nos collègues, de la vie musicale et de l’exigence artistique qui nous entourait. Revenir aujourd’hui y jouer Bach, après avoir construit nos propres parcours artistiques, a donc quelque chose d’un retour aux sources. Nous avons le sentiment, à notre manière, de rendre une petite partie de ce qui nous a été donné.

Ce concert présente également une particularité assez inhabituelle : notre claveciniste voyagera avec un extra seat réservé à un violoncelle ! Il faut dire que réunir, dans un même programme, une viole de gambe et un violoncelle impose quelques précautions logistiques. Mais cette coexistence des deux instruments n’est évidemment pas qu’une question de voyage : elle nous permet surtout de confronter deux sonorités, deux histoires et deux manières d’aborder la musique de Bach.

Il y a d’ailleurs une petite histoire derrière la présence du violoncelle dans ce programme. Lorsque l’on m’a proposé de jouer une Suite de Bach à la viole de gambe, ma première réaction a été : « Mais je ne sais pas jouer les Suites à la viole de gambe ! » Ce qui peut sembler assez surprenant de la part d’un gambiste. La raison est pourtant simple : j’ai toujours joué les Suites pour violoncelle de Bach… au violoncelle.

Le programme réunit ainsi plusieurs Bach qui nous sont profondément proches : celui des trois Sonates pour viole de gambe, dont la partie de clavecin, véritable partenaire de la viole, déploie une richesse contrapuntique et expressive exceptionnelle ; celui de la Cinquième Suite pour violoncelle ; et celui de la Fantaisie chromatique et fugue, qui offre à Jordan l’occasion d’explorer une autre facette du langage de Bach pour le clavecin.

Après presque vingt ans de musique partagée, nous savons que certaines œuvres peuvent devenir de véritables compagnes de route. On croit les connaître, on croit savoir comment elles vont sonner, et pourtant elles continuent à nous surprendre. C’est peut-être cela qui nous attire toujours chez Bach : la possibilité de revenir sans cesse à la même musique et d’y découvrir quelque chose de nouveau.

Pour nous, ce concert est donc à la fois un retour et une nouvelle étape : un retour vers la Suisse, vers une partie essentielle de notre formation et vers une musique qui accompagne notre histoire commune depuis de nombreuses années ; et une nouvelle rencontre avec Bach, avec ces œuvres et avec le public qui viendra les écouter.